top of page

Fictions jeunesses et stéréotypes de genre : une problématique encore actuelle...

  • Photo du rédacteur: Catherine Pinet-Fernandes
    Catherine Pinet-Fernandes
  • 8 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 déc. 2025

En France, les stéréotypes de genre restent encore bien présents dans les fictions destinées à la jeunesse. Deux publications récentes analysent ce phénomène :




Julie Fette, chercheure américaine, a étudié les stéréotypes de genre dans l’édition et la presse jeunesse contemporaines en France dans son dernier ouvrage Gender by the book (Routledge 2025). Elle a réalisé des statistiques à partir du fond de deux bibliothèques : la bibliothèque Buffon à Paris et la bibliothèque d'un lycée français à Houston.


Son analyse est basée sur un corpus de livres sélectionnés en suivant la démarche de Kortenhaus et Demarest (1993) : le prélèvement d'un livre tous les 25 auteurs.


Les résultats ?


Une surreprésentation du masculin dans le corpus quelque soit l'angle choisi :

  • Personnages principaux dans les ouvrages : 61% masculin, 27% féminin, 10% masculin et féminin, 2% aucun.

  • Personnages présents dans le titre : 31% masculin, 16% féminin, 12% masculin et féminin, 41% aucun.

  • Personnages représentés sur la couverture : 51% surtout masculin, 16% surtout féminin, 14% masculin et féminin.


L'auteure propose également pages 80 et 81, un tableau précis d'analyse des stéréotypes présents ou absents dans le corpus étudié. Quelques éléments statistiques :

  • 71% des livres du corpus présentent au moins 2 représentations genrées stéréotypées, 43% en présentent au moins 3, 12% une seule et 16% aucune.

  • 16% des ouvrages ne présentent aucune représentation du féminin : l'annihilation symbolique.

  • 35% présentent au moins un comportement féminin stéréotypé (représentations physiques stéréotypées, émotivité, activités, tâches domestiques, etc.).

  • 39% présentent au moins un comportement masculin stéréotypé (intrépidité, intimidation, comportement protecteur, performances associées à des activités physiques et/ou extérieures, etc.).


Voilà des statistiques sans appel qui montrent l'importance de la présence des stéréotypes, même au sein des bibliothèques. Il aurait été intéressant que soit ajoutée à ce corpus une bibliothèque d'une ville de province accueillant un lectorat moins socialement favorisé, pour vérifier si la présence de stéréotypes est similaire, accrue ou moins importante.


Cette analyse des bibliothèques dans le premier chapitre de l'ouvrage est complétée dans les 2 chapitres suivants, par l'étude des livres par abonnements de l'Ecole des Loisirs et par celle des magazines jeunesse de Bayard presse.


Pour plus de détails, l'accès gratuit à l'e-book (en anglais) est ici : EBOOK Gender by the book de Julie Fette

Si vous n'êtes pas anglophone, une synthèse en français est proposée là : Cécile Boulaire (27 août 2025). La littérature jeunesse française et les stéréotypes de genre : “Gender by the Book” de Julie Fette. Album '50' Consulté le 7 décembre 2025 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14ipg




Quant à Julie Gielen-Michel, dans Croire aux fées mais pas aux clichés, Le guide pour comprendre et combattre les clichés sexistes de la fiction jeunesse (Les courriers du livre, 2025), elle traque les stéréotypes de genre dans les fictions destinées à la jeunesse. 52 fiches détaillent les stéréotypes les plus présents. Le tout est illustré par Fanny Vella (notamment auteure de : Et si on changeait d'angle ?, 2022). Voici quelques exemples de stéréotypes identifiés qui reprennent les titres de chapitres de l'auteure :


  • Le "syndrome de la Schtroumpfette" ou quand le masculin devient la norme : Syndrome théorisé en 1991 par Katha Pollitt, il désigne un récit mettant en scène un personnage féminin isolé dans un groupe masculin. Ce personnage féminin est présenté de manière stéréotypée et n'existe qu'à travers et pour les personnages masculins. Ex : Blanche-Neige dans Blanche-Neige et les 7 nains, Stella dans la Pat'Patrouille, Ambre dans Robocar Poli, Becky dans Les aventures de Tom Sawyer, etc.


  • Le "syndrome Trinity" ou quand être parfaite ne suffit pas pour être l'héroïne : Ce syndrome, défini par Tasha Robinson en 2014, désigne des personnages féminins forts, aux compétences supérieures, mais qui restent malgré tout des personnages secondaires. Ex : Valka dans Dragons 2, Hermione Granger dans Harry Potter, Annabeth Chase dans Percy Jackson, etc.


  • Si t'es une fille, t'es forcément une souris ou l'anthropomorphisme genré des illustrations : Les récits anthropomorphiques où les animaux représentent des personnes reproduisent les stéréotypes de genre. Les personnages féminins sont souvent des souris ou des animaux encore plus petits. Ex : Maya l'abeille, Miraculous où Ladybird, l'héroïne, est une coccinelle alors que son comparse masculin est... un chat noir, etc.


  • La malédiction des mères ou la mère cachée derrière son tablier : Le tablier est souvent utilisé par les illustrateurs.trices pour symboliser l'espace domestique et, donc... la mère. Même si cet accessoire n'est plus utilisé à domicile depuis plusieurs générations, en 2009, 20% des mères étaient encore représentées avec un tablier dans les albums jeunesse contre 3% des pères (Brugelles (C.), Cromer (I.), Cromer (S.), 2009). On le retrouve encore dans des récits actuels. Ex : Petit Ours Brun, la famille Souris de Kazuo Iwamura, Le petit Nicolas de Goscinny et Sempé, etc. Je rajoute un exemple personnel : La tototte de Barbro Lindgren et Olof Landström publié en 2002 chez L'Ecole des Loisirs où la mère a un tablier + un fichu sur la tête pour protéger ses cheveux (?) de la saleté lorsqu'elle fait le ménage !






Commentaires


Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square
bottom of page